Mardi 3 Juillet 2018
Maxime Guyon & Jonathan Plouganou

Maxime Guyon & Jonathan Plouganou - CRAVACHES DE BRONZE 2017

Dans le top 5 des jockeys depuis près de 10 ans, chacun dans leur discipline, on ne les présente plus, « Max » et « John » font partie des meilleurs certes, mais avec une constance remarquable ! Leur métier leur permet de se croiser dans les gares, les aéroports et sur les hippodromes, mais ils ne se connaissent pas énormément … Quelques questions échangées pour découvrir leur quotidien réciproque.

Jonathan Plouganou : 10 ans que tu es dans les 3 premiers, ton secret ? 
Maxime Guyon : Je n’ai pas vraiment de secret, j’ai la chance d’être associé à de bons chevaux, l’un ne va pas sans l’autre. C’est pour ça que cela fait 10 ans que je ne suis pas descendu du podium. J’essaye de m’appliquer tous les jours, faire du mieux que je peux, perdre le moins de courses possibles. Le travail, le sérieux et la constance. 

MG : Arrêté pendant plusieurs mois l'an dernier et tu arrives à obtenir une Cravache de Bronze … Un secret à toi aussi ?
JP : J’ai la chance de travailler avec de grands professionnels. J’ai un agent, Stéphane Delhommeau, qui s’occupe bien de mes intérêts. Et j’avais surtout beaucoup d’envie ! J’ai repris le 22 juillet avec un doublé, extra. Ça motive! L’été était un peu creux, mais la rentrée s’est bien passée, jusqu’au meeting de Pau, où tout s’est enchaîné pour terminer en beauté. J’avais soif de victoires, de montes. Dès le départ, l’objectif était clair : me prouver que j’avais le niveau, que j’étais toujours à la hauteur.

JP : Dans ton palmarès déjà hors norme, qu’est-ce qu’il te manque ?
MG : C’est vrai que j’ai déjà gagné de belles courses, j’ai eu l’occasion de participer activement à « l’Arc de Triomphe », avec plusieurs deuxièmes places mais malheureusement je n’ai pas encore gagné … C’est une course qui est très importante dans la carrière d’un jockey, comme tous les Groupes I, mais celle-ci a une saveur particulière. On parle énormément de « l’Arc de Triomphe » dans le monde donc c’est vrai que de pouvoir le remporter un jour, c’est un vrai objectif, c’est ce qui manque à ma carrière.

MG : 31 ans, 5 Cravaches dont une en Or, quelle est ta motivation le matin ? Ton objectif ? Un graal particulier ?
JP : Il me manque un Groupe I, tout le monde le sait ... (SOURIRE). Et puis, très classique, faire un maximum de gagnants, monter de bons chevaux. Venir à Auteuil est tellement un plaisir, que je ne me verrais pas faire autre chose … enfin pour le moment. 

JP : L’obstacle ça te tente ? Déjà fait une course d’obstacle ?
MG : J’ai déjà monté en obstacle quand j’avais une dizaine d’années en course de poneys. A cette époque, je n’avais pas peur du tout. Aujourd’hui, il faut être conscient que c’est vraiment très risqué, ce n’est pas un métier de « rigolo ». (RIRES) Il faut être courageux, ça ne doit pas être simple tous les jours. Actuellement dans ma carrière, ce n’est pas envisageable parce que j’ai des responsabilités et des engagements à tenir. Mais on ne sait jamais … Pourquoi pas essayer un jour, en fin de carrière ou si l’occasion se présente et me le permet, monter un cheval sympa et me faire plaisir sur les haies d’Auteuil, ça serait avec joie. En tout cas pour l’instant, je n’y pense pas.

MG : Je suis déjà tombé mais j’ai eu la chance de ne rien me casser pour l’instant. Est ce que lorsque l’on est arrêté longtemps et que la blessure était importante, on n’a pas une petite appréhension ?
JP : Ah non, jamais ! On commence toujours par ressauter le matin et je pense que je n’y retournerai pas si j’avais la moindre appréhension. Au contraire, je suis tellement motivé pour retrouver les sensations. Je considère l’adrénaline que je ressens comme une drogue. Je ne te cache pas que, pendant ma convalescence suite à ma fracture de l’humérus, la mobilité de mon bras étant longue à revenir, je me suis posé la question… Et puis dès que je suis remonté à cheval, je n’avais qu’une envie : c’était de sauter. Dès le premier saut ... C’était impeccable! Mais je suis sûr, que par passion, car on est vraiment mordu, tu ne te poserais même pas la question, tu n’aurais qu’une envie, c’est de retrouver tes sensations. 

JP : Le plat est plus médiatisé que l'obstacle, que faudrait-il à ton avis pour que l’on devienne enfin des sportifs reconnus par le grand public ? 
MG : C’est vrai que le plat est plus médiatisé que l’obstacle, sûrement parce qu’il y a beaucoup plus de courses de plat que de courses d’obstacle. Je trouve quand même que l’on parle aussi des belles courses d’obstacle comme le « Grand Steeple Chase de Paris », c’est attractif. Je trouve que les jockeys d’obstacle auraient vraiment besoin d’être reconnu en tant que sportifs, ce sont des cascadeurs. Peut-être que les gens ne se rendent pas vraiment compte du danger que vous affrontez. C’est un métier à très haut risque, c’est forcément plus dur que le plat, le risque de tomber est permanent. Les statistiques sont contre vous … vous avez une plus grande probabilité de vous blesser que nous, je ne connais pas un jockey d’obstacle qui n’a pas été fracturé dans sa carrière. En revanche, même si vous avec plus de risques, je pense que nous avons les mêmes contraintes, au niveau du poids, du travail qu’il faut apporter tous les jours, des voyages, il faut être au top tout le temps pour ne pas décevoir les propriétaires et entraîneurs qui nous font confiance.

MG : Tu apparais comme quelqu'un de très discret, ton avis sur le métier ?
JP : Le métier évolue ... et je dois avouer que ce n’est par forcément dans le meilleur des sens. Cela reste cependant un très beau métier. Ce qui est dommage, c’est le manque de fréquentation des hippodromes. Mais on a un super élevage, de beaux champs de courses, de bons outils de travail pour l’entraînement, ça reste un réel plaisir. Tout cela a bien évolué, il n’y a pas que du mauvais. 

JP : Toi qui fais partie des tops jockeys de plat "parisiens", tu montes quasiment toutes les réunions, vois-tu une évolution sur la fréquentation dans les tribunes depuis 10 ans ? Que proposerais tu ? 
MG : Je n’ai pas connu les années où il y avait énormément de monde, mais c’est vrai qu’il y a de moins en moins de public en France sur les hippodromes. Je pense que le fait qu’il y ait des courses tous les jours, cela devient répétitif, rébarbatif pour le public et il se lasse. Il ne faut pas oublier que la France possède plus de 100 hippodromes de plus qu’en Angleterre ou dans le monde. C’est énorme ! Mais nous n’avons pas la même culture que les Anglais par exemple, pour qui c’est vraiment une fête de venir aux courses. Nous n’avons pas cette ambiance en France, c’est dommage, d’autant plus que l’on saurait comment faire, puisque nos dirigeants voyagent à l’étranger et devraient le constater … C’est peut-être une question de moyens, mais avec plus d’une centaine d’hippodromes de plus que les autres, c’est certainement compliqué d’être au top partout. Je pense que l’on devrait rendre les réunions de courses plus conviviales. Il faudrait qu’il y ait des stands, des animations comme il y en a en Angleterre, en Allemagne ... C’est ce qui a l’air d’être prévu dans le nouveau ParisLonchamp. Comme pas mal de jockeys d’ailleurs, j’ai eu la chance de voyager, de voir autre chose et à l’étranger le public ou les professionnels, peuvent consommer tout au long de la journée sans avoir de pénurie et pour tous les budgets. C’est ce que nous, en France, on n’arrive pas à faire. Il y a déjà très peu de personnes aux courses, la communication est basée sur le fait de vivre une expérience sympathique en famille et on a du mal à leur donner ce dont ils ont besoin ... C’est donc compliqué de faire venir du monde alors que les bases ne sont pas là.

MG : Issu d'une famille d'entraineur, d'abord gentleman, pourquoi Jockey ? C'était évident pour toi ?
JP : En effet, j’ai été gentleman pendant 2 ans. Avant de passer professionnel, mon père voulait que je fasse des études et que je passe un diplôme, au cas où … j’ai obtenu un BEP comptabilité avec la moyenne … Il m’a alors laissé faire ce qui avait toujours été évident. Je ne pensais qu’à ça depuis tout petit, il n’y avait pas d’autres options. Tout le monde me disait que j’étais trop grand, que je ne pourrais jamais y arriver. Des grands, il y en a eu, il y en a, et il y en aura toujours, de plus en plus … et je crois qu’ils font partie des meilleurs … je pense à David, James …

MG : La suite ? Que comptes-tu faire après ta carrière de jockey, même si la réponse est sûrement évidente ?
JP : Pour le moment, je profite de ma position de jockey, c’est quand même bien plus facile. Même si j’ai la contrainte du poids … Le métier d’entraîneur, c’est tout autre chose, avec beaucoup de complications que je connais assez bien depuis gamin en observant mes parents. C’est pour ça que je réalise la vraie différence entre les deux métiers. Je ne dis pas que le métier de jockey est simple, mais je l’exerce avec tellement de plaisir. Cela étant dit, c’est assez évident que je devienne un jour entraîneur. Je n’ai pas de « dead-line » particulière, tant que je peux pratiquer, je le fais. Je pense que c’est mon poids qui me fera prendre une décision. Très honnêtement cela m’est pénible au quotidien, je passe beaucoup de temps à perdre et maintenir mon poids. Pour cela, je cours tous les jours au moins une heure, dès que l’emploi des courses me le permet. C’est assez usant. Je ne serai pas surpris que je choisisse d’arrêter du jour au lendemain. 

Le mot de la fin

JP : Je suis les belles courses de plat, j’ai plaisir à te regarder ainsi que « Soum » ou « PC ». C’est beau, vous êtes d’excellents cavaliers. On s’en inspire toujours un peu. J’ai quelques gagnants en plat … Je préfère évidemment l’obstacle, mais la sensation de vitesse, d’équilibre, c’est plaisant. Je comprends que vous preniez beaucoup de plaisir sur des beaux champs de courses, assis sur des machines, ça doit être génial. 

Propos recueillis par Carole Desmetz Consulting