Jonathan PLOUGANOU | 01/12/2016

Ca ne tient pas à grand chose

Loin de correspondre à l’image « du type timide et mystérieux » que certains lui prêtent, c’est un sportif concentré, courageux et déterminé que nous rencontrons ce matin.

Après une longue absence, c’est un retour plus que gagnant pour le jockey d’obstacle, Jonathan Plouganou. A 29 ans, près de 500 victoires et plusieurs récompenses (1 Cravache d’Or, 1 d’Argent et 2 de Bronze) font de ce passionné un crack, patient et au mental sans faille.

Certes, ce n’est pas sa première chute grave mais probablement la convalescence la plus sinueuse qu’il ait connu.
Retour en arrière sur cette épreuve qui l’a, de toute évidence, rendu encore plus fort.

« Une fois à terre, je sais tout de suite que c’est grave. Je n’ai aucun contrôle de mon bras. Une douleur si intense que j’ai l’impression qu’un éléphant s’est assis dessus … (rire)»
Le bras ballant, il sait que ça va être compliqué ... Mais imagine t-il le pire ? Ne plus monter un cheval de course…

Et puis le verdict tombe… il n’est, dans un premier temps, pas possible d’envisager un retour à cheval … il faut tout simplement qu’il retrouve l’usage de son bras pour ne pas rester handicapé.
Pour rappel, tombé à Dieppe le 17 Août 2015, Jonathan s’était fracturé le bras avec déplacement de l’humérus et écrasement du nerf.
Après l’opération, une rééducation fastidieuse commence … des progrès infimes arrivent doucement, muscle après muscle. La famille, les collègues, et les amis, sont là pour le soutenir. C’est dur, évidemment, mais les médecins sont confiants et insistent sur le fait de prendre le temps et de ne surtout pas brûler d’étapes. La nature doit faire son travail.

Et, on le sait tous aujourd’hui, elle l’a sacrément bien fait. Jonathan est de retour avec des victoires et a retrouvé sa place aux cotés des meilleurs de la profession.

On se pose tout de même la question de ce qu’il se passe dans la tête d’un athlète tel que « John » comme l’appelle ses amis dans le vestiaire.
Ce jeune homme, qui n’a jamais réussi à s’enlever les chevaux du « crâne », n’imagine pas sa vie sans eux, sans la compétition, sans cette adrénaline : « des sensations que je n’ai jamais trouvées ailleurs ! » Il est obnubilé …
L’espoir ne l’a jamais quitté pour toutes ces raisons. Il ne doute pas non plus de son mental. Celui-ci contrôlera le physique de plus en plus. Chaque progrès le réconforte. Alors il prend son temps, il reviendra ! D’abord, à l’entraînement, sur des « gentils chevaux » , avec lesquels il se sent de plus en plus à l’aise. Et puis … il annonce son grand retour à Lyon en Octobre dernier.

Aujourd’hui, il est là, sans aucun doute sur son métier et son niveau retrouvé. Le talent, il l’a toujours, soyez en sur !

Cependant peut-être que sa vision des choses et de la vie s’est sûrement ajustée.
La vie, il la croquera à pleine dents sans hésiter. Il est reconnaissant de la chance qu’il a. Mais il a également conscience que les risques existent et que ça ne tient pas à grand chose. « Je n’ai vraiment aucune appréhension car j’aime ce que je fais, je prends du plaisir à chaque fois, mais j’ai muri, je serai dorénavant plus raisonnable dans mes choix. »

Epaulé par son agent et par son père, qui a toujours été son meilleur conseillé, le jockey sait que c’est un métier dans lequel on se retrouve souvent seul, et que les remises en questions sont nécessaires tout en gardant confiance en soi avec un mental à toute épreuve.

Des choses à dire ?
Aux jeunes : « Travaillez dur, montez le matin, et sautez le plus souvent possible pour être mécaniser. C’est très important »
Aux jockeys sur la touche : « Je pense bien à eux … patience … patience … la nature fera son travail ! »
A tous les collègues : « Prenez garde … un accident est très vite arrivé, on ne s’y attend pas, personne n’est à l’abri, les risques inutiles sont à bannir. Nous ne sommes pas invincibles. »

L’objectif ?
« Continuer de monter, et de me faire plaisir … et peut être bien gagner enfin un Groupe I … J’ai toujours été inspiré par Christophe Pieux, mais aujourd’hui je suis admiratif de Pierre-Charles Boudot. Il m’a démontré que tout est possible, il fait parti de ma motivation, il est phénoménale »

Le mot de la fin ?
« Merci à l’Asso. Toute l’équipe a toujours été là, m’a aidé et aiguillé. C’était très rassurant. Plus particulièrement Maria pour son écoute et l'administratif ainsi que le Docteur François Duforez pour ses conseils et le séjour à Cap Breton. »

Bel et bien revenu, Jonathan exerce à nouveau son métier avec brio. Des victoires, tout le monde lui en souhaite. Plutôt discret, humble et réservé, Jonathan, sans nul doute crack de sa génération, a fait preuve d’une telle persévérance qu’il entre aisément dans la case des exemples à suivre. Bravo et bonne continuation … le Groupe I n’est certainement pas loin !

Propos recueillis par Carole Desmetz Consulting